
Bientôt, dès le déclin du jour, je partirai
À ta recherche, au fond de ma nuit sans étoiles ;
J’irai par les allées de sapins gais, j’irai
Par les marchés bruyants, bien drapé de mon voile.
Je marcherai, pensif, sourd aux chants de Noël,
Sourd aux grelots sans âme et tintant à tue-tête ;
Je n’entendrai, partout, que le lointain appel
Des sans-voix, sans-logis, ces exclus de la fête.
Je passerai sans voir les flamboyants foyers
Où trinquent les fêtards, où ils font bonne chère ;
Ni les tas de joujoux où iront se noyer
Ces enfants qui ont pris papa Noël pour père.
Je ne contemplerai ni les décorations,
Ni les éclats criants, ni l’or, ni les vitrines ;
Je poursuivrai plutôt cette étrange mission
De te chercher, mon cœur, par des voies anodines.
J’irai par mes déserts, j’irai par les chemins
Tortueux, escarpés, que ma foi me dévoile ;
Jusqu’à apercevoir ta lumineuse main
Me dessiner, là-haut, le tracé d’une étoile.
Je la suivrai, fiévreux, muni de mon falot,
Dans la nuit vivifiée d’une Nouvelle fraîche ;
Jusqu’à ce que le Ciel me baigne du halo
Consolant, salvateur, de l’Enfant dans la crèche.
Loin des sentiers battus, sur un trajet vainqueur,
Des enfants miséreux m’offriront leur icône :
Je verrai sur leurs traits l’Enfant-Dieu au saint cœur
Qui me fera revivre et dispenser l’aumône;
Il me fera renaître à sa Nativité,
Trouver sa Vérité, changer d’itinéraire,
Prendre goût à l’amour et à la charité,
L’accueillir sous mon toit, tout faire pour lui plaire.
Voici que je te trouve en ce jour de Noël,
Toi le but, le sujet et l’objet de ma quête ;
Ȏ toi notre Sauveur, Ȏ toi l’Emmanuel
Qui es venu convier les parias à ta fête ;
Voici que je me sens pétri par la chaleur
De ta crèche irradiant de ton aube première,
Et que je vois en toi s’effondrer le malheur
De notre monde au pied de ta Croix de lumière !
R.B.